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Le 20 septembre 2011 : un débat sur les jeunes en prison avec Christine Boutin

Le 27 septembre 2011

Mardi 20 septembre, à l’Assemblée Nationale, les jeunes du Parti Chrétien-Démocrate organisaient un débat sur « les jeunes en prison » en présence de Christine BOUTIN, d’Étienne BLANC député UMP de l’Ain qui nous accueillait salle Colbert, Benoit DAVID, secrétaire général de l’association Ban Public et avocat, Stéphane JACQUOT, secrétaire National de l’UMP chargé des politiques pénitentiaires et des prisons et président de l’Association Nationale de la Justice Réparatrice, Claude VIOLETTE, membre de l’association Le Bon Larron, Marie CLASSINE, vice-présidente du Groupement Etudiant National d’Enseignement aux Personnes Incarcérées (GENEPI) et Cédric de Torcy, contrôleur des lieux de privation de liberté. Louis ALBRAND psychiatre, auteur d’un rapport sur la prévention du suicide en prison en 2009, qui avait soutenu l’organisation de l’évènement était malheureusement empêché.

Christine BOUTIN a ouvert le débat par une série de questions : comment éviter la prison ? comment traiter ces jeunes quand ils sont en prison ? comment permettre à la famille si souvent déchirée de jouer son rôle dans la réinsertion ? comment surmonter les difficultés de la séparation, lorsque le jeune se trouve séparé de ses parents, de son conjoint et parfois de ses enfants ? En effet 80 000 enfants en France ont un père ou un beau-père en prison.

Étienne BLANC, député UMP de l’Ain, rapporteur de plusieurs missions sur l’exécution des décisions de justice, a détaillé son engagement sur ce sujet. Il a parlé de sa mobilisation autour de « Cassiopé », un projet informatique à la réalisation actuellement retardée censé offrir au magistrat une vision complète de chaque dossier judiciaire. Il nous a surtout fait part de l’inquiétante montée de la délinquance des mineurs. A la fin des années 70, ils étaient 75 000 mis en cause par an, en 2008 218 000. Les causes sont connues : éclatement des familles, échec scolaire, communautarisme, échec des politiques de prévention, etc. Pour autant, Étienne Blanc n’est pas de ceux qui disent qu’il ne faut pas que les jeunes aillent en prison.. Cette « solution » ne doit pas être une fin en soi. La prison devrait, dans l’idéal, être l’occasion pour le jeune d’être réorienté, formé, de travailler et de bénéficier d’un suivi médical, psychologique ou le cas échéant psychiatrique.

Des propos qui ont suscité la réaction de Benoit DAVID. 80% des membres de l’association Ban Public sont incarcérés. Lu-même se rend souvent en prison lorsqu’un prisonnier lui fait état de conditions de détention contrevenant à la loi. Ces cas devraient à tout prix rester l’exception. Par ailleurs 65 % des détenus sont atteints de troubles psychologiques et psychiatriques. Leur prise en charge est très insuffisante, un constat partagé par de nombreux intervenants. Le principe de l’encellulement individuel n’est en outre pas respecté. Les niveaux de formation proposés s’arrêtent au bac et la poursuite des études supérieures est extrêmement difficile. Le détenu, trop souvent considéré comme un simple numéro d’écrou, doit payer cher pour améliorer sa gamelle, faute de concurrence entre les fournisseurs. S’il travaille, il ne gagne que le SMIC prison (1/2 SMIC). Dans ces conditions, les aménagements et remises de peine et les libérations conditionnelles devraient être toujours plus favorisés.

Étienne BLANC a insisté, en retour, sur l’impossibilité de faire l’impasse sur la prison pour répondre aux infractions pénales. L’amélioration des conditions de vie pénitentiaire est un sujet qu’il porte depuis des années. Il milite pour l’inscription dans les schémas régionaux d’organisation sanitaire et sociale (SROSS) des besoins de santé dans les prisons, besoins que l’on peut qualifier de brûlants. Il veut décentraliser les dispositifs de formation en prison et les confier aux régions. Car, enseigner en prison est extrêmement éprouvant et une vocation spécifique qui n’est pas forcément celle de professeurs de l’Éducation nationale.

Le débat a ensuite porté sur la question des alternatives à l’incarcération. Les centres éducatifs fermés ont été valorisés par Cédric DE TORCY. Mais, pour lui, il faudrait changer les mentalités. Souvent « il existe un antagonisme entre enfermement et éducation » : les formateurs ont en face d’eux des jeunes qui ne veulent pas que leur expérience en prison puisse leur être utile. Alors, ils décident de ne rien faire, pour « effacer ce temps de leur mémoire ».

Les associations ont ensuite, chacune à leur tour été présentées. Marie CLASSINE a témoigné de son engagement au GENEPI. Dans les établissements pour mineurs, les détenus doivent suivre une scolarité jusqu’à 18 ans. Leur journée est minutée et les temps d’enseignement correspondent à un créneau précis, un créneau surveillé et mal vécu comme les autres. Dans ce contexte une minorité arrive réellement à se former. Les délais d’accès à la formation sont trop longs comparés au temps moyen d’incarcération de neuf mois : on ne peut remédier au cas massif d’illettrisme, qui concerne 40 % des détenus, en six ou douze mois.

Claude VIOLETTE, du Bon Larron, a témoigné, lui, comme bénévole dans un centre d’accueil pour jeunes sortis de prison à Auffargis (Yvelines). Comment les réinsérer ? Lorsque le milieu familial est composé à 80 ou 90 % de familles monoparentales, que la moitié des détenus n’a jamais travaillé et/ou qu’une préparation à la sortie de prison n’a pas été effectuée… la tâche est ardue. Dans le milieu carcéral, les formations générales sont deux fois plus nombreuses que les formations spécifiques qui permettraient pourtant aux jeunes de se réinsérer plus vite. Par ailleurs, les lieux d’accueil pour sortis de prison sont toujours insuffisants. L’ancien détenu, ne disposant la plupart du temps pas d’argent, est tenté de retourner vers ses anciens milieux qui l’ont conduit à la délinquance. Sans compter les éprouvantes démarches administratives qui devraient être réalisées en amont et qui accompagnent le retour à la liberté.

Stéphane JACQUOT a présenté, lui, l’Association nationale de la justice réparatrice créée en 2010. Dès 1973 en Nouvelle Zélande et quelques années plus tard au Canada, on commença à parler de la médiation auteur-victime. En Europe elle est véritablement apparue en Belgique en 2002, après l’affaire Marc Dutroux. La justice réparatrice a également pour conséquence de mieux réinsérer et de faire baisser le taux de récidive, si important en France. En France lL’administration pénitentiaire, méfiante, bloque, d’ailleurs souvent les courriers jugés « malsains » que des victimes adressent aux auteurs, pourtant premier jalon d’une démarche réparatrice. Stéphane Jacquot voit dans cette rencontre un bénéfice pour la victime et l’auteur. La victime reçoit des explications sur le pourquoi du passage à l’acte, élément peu évoqué lors du procès. Derrière le visage imaginé du monstre, elle découvre celui d’un homme d’une part abîmé par sa vie précédente et d’autre part souffrant de sa situation actelle. Elle peut même se rassurer sur ses intentions et vivre mieux la perspective de la sortie de prison, dans quelques mois ou années. L’auteur quant à lui se trouve responsabilisé : il voit les conséquences de son acte. Il peut exprimer, lui aussi, les répercussions de sa faute sur sa propre vie et sur celle de la victime.

Après une présentation de David Benoît sur la situation douloureuse des prisons françaises, Cédric DE TORCY, contrôleur des lieux de privation de liberté, est intervenu pour conclure. Au service du contrôleur général, Jean Marie DELARUE nommé juillet 2008, la mission d’un contrôleur consiste à se déplacer inopinément dans les salles, couloirs, cours, cellules, centres éducatifs fermés, centres de rétention, locaux de garde à vue, geôles des tribunaux, zones d’attente, mais également dans les hôpitaux où un détenu peut être hospitalisé. Ni inspecteur, ni enquêteur, ni médiateur, il doit simplement constater. Ses contrôles, depuis trois ans aident les agents de l’administration pénitentiaire à changer des lignes directrices comme des détails quotidiens de la vie carcérale.

Les échanges se sont enfin terminés par une série de questions. Je retiens la nécessité d’agir en amont (école, famille), d’impliquer davantage les anciens prisonniers, de mieux réfléchir aux implications financières des orientations à venir. Construire des nouvelles places de prisons ? Créer davantage de places en centres éducatifs fermés ? Imaginer une sorte de service soumis à un encadrement d’inspiration militaire en reprenant la proposition d’Eric Ciotti ? Les arbitrages financiers, dans un contexte de surpopulation carcérale et de dette publique, seront lourds de conséquence. Les jeunes du PCD continueront la réflexion entamée le 20 septembre. Ils se montrent ouverts à toutes suggestions et propositions qu’ils feront remonter à Christine Boutin qui avait précisé en introduction qu’elle présentera prochainement le volet de son programme présidentiel consacré au monde carcéral.

* responsable du pôle idées au bureau national des jeunes du Parti Chrétien Démocrate